2012-04-04T14:10:00+02:00

Psycho d'comptoir.

Publié par Fraise

"Cet endroit est sinistre"

 

Elle regardait autour d'elle, en silence. D'ailleurs, le silence, il semblait remplir tout l'espace, dans cette petite pièce grisâtre. Tout était feutré. Elle avait presque peur du bruit de soufflerie de sa respiration, elle était presque gênée d'entendre les battements de son coeur. Au moins, elle était toute seule. S'il y avait eu une autre personne dans cette salle d'attente, elle se serait sentie encore plus mal à l'aise. 

 

Quelques magazines étaient disposés, en piles bien alignées, presque tirées au cordeau, sur la table basse. Elle n'osait même pas soulever le premier de la pile, pour ne pas déranger ce rangement méticuleux. Alors elle laissa vagabonder son esprit sur les unes. Obsession de la minceur, à l'approche de l'été. Conseils mode. Tests automobiles. Astuces de ménagères. Rien d'intéressant. 

 

Elle serra et desserra les jambes, les deux mains jointes entre les cuisses. Elle regarda l'heure sur son téléphone. Elle avait de l'avance, de toutes façons. Elle avait toujours de l'avance. Qu'est-ce qu'elle allait bien pouvoir lui dire ? Il ne fallait pas se le cacher, elle avait un peu peur de passer pour une folle. Mais, après tout, des gens fous, il devait en voir toute la journée. 

 

"Mademoiselle Hassion ?"

Elle se leva, presque en sursaut. Elle n'avait pas entendu l'homme s'approcher. 

"Bonjour"

Une poignée de main mollasse. Elle prit le temps de le détailler du regard pendant qu'ils se dirigeaient vers son cabinet. Moyen. Tout en lui était moyen : la taille, le costume anthracite élimé, le regard fuyant, les tempes grisonnantes, la voix fade. Un homme passe-partout. L'archétype de l'universitaire. 

 

"Asseyez-vous, Mademoiselle. Hem, hum. Votre nom complet, adresse, date de naissance ?"

"Anne-Lise Hassion. 7, rue des Cols Longs. 29 février 1985."

"Hem. Bien. Pour mon dossier, 'comprenez."

Il la regarda enfin dans les yeux, ou presque. 

"Donc, vous venez pour...?"

"Euh... J'ai déjà vu beaucoup de spécialistes. J'ai passé beaucoup d'examens. Et euh... On m'a orienté vers un problème psychiatrique."

"De quoi s'agit-il exactement ?" avec un vague soupir d'agacement. 

"Je... m'évanouis... quand je suis aux toilettes."

"Hm hm. C'est-à-dire ?"

"Quand je... dois euh... faire une grosse commission."

"Hm hm. Oui, je vois. Cas classique. Vous vous focalisez, mademoiselle. Et du coup, vous fécalisez."

" Pardon ?"

"Vous n'avez pas réglé votre Oedipe. Vous refusez qu'un objet aussi intime, qui vous appartient, sorte de votre moi intérieur. Quels sont vos rapports avec votre père ?"

"Euh... Plutôt bons. Enfin... Normaux."

"Plutôt fusionnels, donc. C'est bien ce qu'il me semblait. Nous allons travailler sur vos rapports à vos parents durant les prochaines séances. Nous avons bien avancé aujourd'hui. Vous revenez la semaine prochaine, même jour même heure, ça vous convient ?"

"... Euh, d'accord."

"Bien. 72€ s'il vous plaît."

 

Elle sortit son chéquier, lui emprunta un stylo, remplit le chèque. Et pendant ce temps il la regardait avec cet air neutre, absent, et scrutateur à la fois. Est-ce que tous les psys font cette impression bizarre ? A la fois dans sa tête et dans la sienne. On aurait dit qu'il était plongé dans ses pensées, mais qu'il l'analysait, elle. Vraiment étrange. Elle se leva, il lui tendit la main, et ne la raccompagna pas. Elle sortit, perplexe. On verrait bien la semaine prochaine...

 

 

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"Madame Depis ?"

"Bonjour."

Poignée de main. Quelques pas. Fermer la porte, s'asseoir. Jeter un oeil à cette patiente. Typique bourgeoise. Soupir. 


"Asseyez-vous, Madame. Hem, hum. Votre nom complet, adresse, date de naissance ?"

"Johanna Depis. 12, avenue D'Yter. 23 mai 1963."

"Hem. Bien. Pour mon dossier, 'comprenez.

La routine. 

"Donc, vous venez pour...?"

"Euh... J'entends des voix."

"De quoi s'agit-il exactement ?" Agacante, cette manie de ne jamais dire tout de suite la raison de leur visite. 

"Des voix d'hommes, de femmes, qui me disent de faire des choses assez dégoutantes... Je ne les fais pas hein ! Mais à force, je commence à y penser..."

"Hm hm. C'est-à-dire ?"

"Des choses d'ordre sexuel"

"Hm hm. Oui, je vois. Cas classique. Syndrôme LHOOQ."

" Pardon ?"

"Le syndrôme Logorrhea Habitus Orgasmus et Oedipus Quitus. Vous n'avez pas réglé votre Oedipe. C'est la voix de vos parents qui vous parle, et le désir sexuel évident pour votre père qui s'exprime. Quels sont vos rapports avec votre père ?"

"Il est mort. Je l'aimais beaucoup."

"Plutôt fusionnels, donc. C'est bien ce qu'il me semblait. Nous allons travailler sur vos rapports à vos parents durant les prochaines séances. Nous avons bien avancé aujourd'hui. Vous revenez la semaine prochaine, même jour même heure, ça vous convient ?"

"Je regarde mon agenda... Oui, pas de problème."

"Bien. 72€ s'il vous plaît."

 

Quelle journée de merde. 

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commentaires

Nanou" 04/06/2012 00:35


lol

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