2013-01-30T20:17:00+01:00

"There'll be no more tears in heaven"

Publié par Fraise

D'abord, il y a la surprise. Le choc, l'incrédulité. Et puis, les premières larmes. La tristesse de voir s'effacer une possibilité. La douleur de penser qu'on ne reverra plus son visage souriant, même si pour moi il a encore 8 ans. 

 

Tu viens à la cérémonie ? 

Bien sûr. 

 

La salle pleine de monde, jeunes, vieux, tous vêtus de noir, c'est la coutume. Les discours qui rappellent la jeune fille pleine de vie, de joie, de volonté et de force. Cette jeune fille que je connaissais peu, mais dont je me sens proche, que j'aurai aimé connaître comme une amie de mon âge. Cette jeune fille que j'ai si bien connue, enfant, chez elle ou chez moi, dans mes nombreux chez-moi... 

 

Ses cheveux noirs, lisses, si lisses, si brillants, retenus par un serre-tête, ses yeux sérieux et timides, sa grande bouche, toujours prête à s'ouvrir sur un sourire... Je savais ce qu'elle devenait, par mes parents, surtout, amis des siens. Elle a été diagnostiquée épileptique. Ils ont du mal à trouver un traitement efficace. Elle a un traitement. Elle a emménagé avec son copain. Elle sera en stage dans nos bureaux cet été. Elle est rentrée vivre chez ses parents, séparée de son copain, mais elle est très heureuse. Elle a arrêté ses médicaments, ça lui brouillait l'esprit. 

 

Elle a fait une crise cardiaque dans la nuit de dimanche à lundi. 

 

Ses parents, que je n'ai pas vu depuis presque dix ans, sont là, environnés d'amis et pourtant perdus de solitude, effondrés, physiquement éprouvés. Une aura de souffrance et de douleur plane autour de leurs corps, si petits, si fragiles... Elle me fait une bise, aucun mot ne sort de ma gorge nouée. Ne pleure pas devant eux, ils ont pas besoin de ça. Je lui fais un pauvre sourire de compassion. Il me prend dans ses bras, je commence à pleurer. "Ton père m'a dit que tu reprenais tes études pour être prof ? C'est un métier qu'elle aurait aimé faire. C'est bien, en tout cas." Je lui serre le bras. Je ne peux pas parler. Les mots sont inutiles face à tant de douleur. En lui disant au revoir, à elle, je parviens à glisser un pauvre "bon courage" qui me paraît dérisoire. 

 

En rentrant, c'est le regret qui domine. Le regret d'avoir toujours repoussé à plus tard un coup de fil qui nous aurait permis de renouer un lien d'enfants. Le regret de ne pas avoir pu connaître davantage une personne si forte et si lumineuse. La tristesse face aux épreuves qu'elle a dû subir. L'empathie pour son choix : mieux vaut vivre pleinement, et moins longtemps qu'éternellement dans un brouillard permanent. La compassion pour ses parents et son petit frère. 

 

Il m'en reste un sentiment diffus. Et la conscience de devoir profiter pleinement des instants qui nous sont donnés, car tout peut s'arrêter, brusquement, un jour ou une nuit. 

 

793_122572521243234_1954630199_n.jpg                                                                                  Tiphanie. 1986-2013


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