2013-03-11T17:37:00+01:00

Le feuilleton 1/3

Publié par Fraise

Dimanche, on fête l'anniversaire de mon grand-père paternel. Cet anniversaire revêt une importance particulière à plusieurs titres.

 

Tout d'abord, ce grand-père est celui qui est à l'origine de ma vocation littéraire et enseignante. J'ai toujours eu énormément d'admiration pour lui, pour l'immensité de son savoir, pour sa personnalité, certes imposante, mais également fascinante. Mes grands-parents paternels ont su me faire vivre dans un univers particulier, peuplé d'Indiens, d'animaux doués de raison et parfois de parole, de chansons, de magie... Les étés chez eux étaient non seulement l'occasion de retrouver mes cousins, mais également de retrouver cet univers unique et merveilleux. 

 

Mais ce grand-père est, depuis de nombreux mois, très malade, et sa santé se dégrade de plus en plus. Il sent, nous sentons, que cette fois, on arrive au bout du chemin. C'est pourquoi il est important de marquer le coup, de lui dire à quel point il a compté pour moi. A la demande de ma grand-mère, je suis chargée d'apporter un caractère littéraire à cet anniversaire. 

 

Voilà pourquoi je suis en train d'écrire une nouvelle pour lui, que je vous livrerai ici en plusieurs chapitres. Je n'ai pas encore de titre pour cette nouvelle, j'y réfléchis (et si vous avez des suggestions...). Librement inspirée de la série "Being Erica" et de ma propre thérapie, cette nouvelle raconte... Mais je vous laisse le découvrir par vous-même !

 

 

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« C’est quand même un nom bizarre. Même pour un psy. Enfin, un psy…  »

 

Elle était debout depuis un moment devant la plaque dorée, sur laquelle des lettres élancées, qui avaient un jour été noires, dessinaient ces trois mots : « Auguste Jouvence. Mnémothérapeute. »

 

Elle retient un soupir, et pousse la porte en verre. Quelques marches, et la voilà arrivée devant une lourde porte en bois aux poignées de laiton. De nouveau, la plaque dorée. Non, vraiment, si Manon ne le lui avait pas recommandé, jamais elle ne serait allée voir un charlatan pareil… Elle sonne et entre. Suit le panneau fléché à la main indiquant la salle d’attente. S’assoit du bout des fesses sur un fauteuil en faux cuir blanc. Et prend le temps de regarder autour d’elle.

 

La petite pièce, dans laquelle elle est seule, est entièrement bleue. De ce bleu qu’elle connaît intimement, le bleu méditerranéen, qui, associé au blanc des fauteuils, lui rappelle irrésistiblement la cuisine de sa grand-mère, Sidi Bou Saïd et le bol en terre peinte qu’elle a rapporté de Tunisie. Le psy, lui, ça doit lui rappeler la Crète, car les tableaux accrochés ça et là représentent les toits blancs et arrondis typiques des îles méditerranéennes. Elle trouve ces deux couleurs associées très rassurantes, et son appréhension s’allège quelque peu. Le silence est impressionnant. Elle entend sa respiration de façon intime, et pourrait presque compter les battements de son cœur. Sur la table basse, d’albâtre elle aussi, des magazines de cinéma et de littérature : le Monde Littéraire, Ciné Live, Première… Ça aussi, ça le rend sympathique à ses yeux. Un type qui apprécie les bouquins et les films ne peut pas être un mauvais bougre.

 

http://www.nachoua.com/Tunisie/Z_sidibou-13.jpg

 

Elle n’a pas enlevé son manteau, et elle commence à avoir un coup de chaud. Mais elle n’ose pas le retirer, il pourrait venir la chercher d’un moment à l’autre. Alors elle tripote son téléphone de façon totalement vaine, puisqu’elle n’a aucun message à envoyer à quiconque. Mais le portable est le nouveau doudou des jeunes adultes connectés, il rassure, d’autant plus qu’on l’a toujours sur soi. Au bout de quelques longues minutes, des bruits de pas résonnent sur le parquet du couloir, et la porte s’ouvre.

 

L’homme est assez grand, et d’une carrure athlétique. Cheveux grisonnants, lunettes rondes, courte barbe poivre et sel, veste en velours côtelé noir, son physique est, somme toute, plutôt banal. Mais ses yeux bleus, retranchés derrière les verres transparents et bordés de rides en soleil lui donnent un air profondément humain et amical. Il ne dit rien, mais lui sourit, et lui fait signe de passer devant lui.

 

Elle s’est levée d’un bond, comme mue par un ressort, et a suivi le chemin indiqué par la main tendue. Elle entre dans la pièce ouverte, de l’autre côté du couloir. Un grand bureau en verre, flanqué de deux fauteuils identiques à ceux de la salle d’attente d’un côté, et d’un imposant siège de cuir noir de l’autre côté. Elle s’assied dans le fauteuil de droite, enlève son manteau et le dispose soigneusement sur le dossier, plus pour se donner une contenance que par réel soin. Lui a fermé la porte matelassée, et s’est dirigé d’un pas lent vers son propre fauteuil. Une fois assis, il la regarde en silence, un sourire bienveillant sur les lèvres.

 

« Vous pouvez vous adosser, vous savez. Occuper toute votre place sur ce fauteuil. »

 

Elle le regarde en écarquillant légèrement les yeux, et prend soudain conscience que, comme à son habitude, elle s’est assise sur l’extrême bord du fauteuil, le dos droit, ne touchant pas le dossier, les mains sur les genoux, serrées contre son ventre.

 

« Euh… Je suis bien comme ça, merci. Je m’assois toujours comme ça.

- Hmmm. »

 

Encore un moment de silence. Un peu mal à l’aise, elle se tortille sur son séant, et commence à regarder autour d’elle. Cette pièce est une sorte de négatif de la salle d’attente. Ici, tout est blanc, avec des touches de bleu : lampe, tableaux abstraits, rideaux… Seul le siège du thérapeute et son occupant lui-même forment une sorte de trou noir.

 

Soudain, il semble s’éveiller d’une méditation et lance :

« Alors, dites-moi tout ! »

Un peu désarçonnée, elle se demande ce qu’elle doit lui dire, exactement. Elle tente :

« Euh… C’est mon amie Manon qui m’a conseillé de venir vous voir…

- Hm hmm… Pour quelle raison vous a-t-elle conseillé une thérapie comme la mienne ?

- Hé bien euh… J’ai déjà fait deux dépressions, avec des médicaments l             a deuxième fois, et puis je me demande si j’en avais pas déjà fait une avant, quand j’étais au collège, mais bon c’était peut-être juste la crise d’ado, et quand j’ai dit à Manon que j’avais peur de l’hiver, parce que toutes mes dépressions ont eu lieu en hiver, elle m’a dit de venir vous voir, c’est une bonne amie, et elle a souvent de bons conseils… »

 

Les mots coulent tous seuls hors de sa bouche, un flot de paroles ininterrompu, incontrôlable, dont elle ne comprend pas la provenance, qui déferle de façon chaotique. Il ne l’interrompt pas, reste impassible, avec toujours ce petit sourire qui commence à l’agacer, on dirait qu’il se paie sa tête. Et puis, finalement, le tsunami verbal se tarit. Et un long silence lui succède, encore.

 

« Hmmmmm…. Donc, vous ressentez un mal-être que vous ne parvenez pas à identifier, et vous avez besoin que je vous aide à le verbaliser, pour que vous puissiez vous en débarrasser.

- On peut présenter les choses comme ça…

- Est-ce que votre amie vous a expliqué comment je travaillais ?

- Non, justement, c’est ça qui est bizarre, elle ne m’a rien dit, juste que vous étiez génial, que vous l’aviez beaucoup aidée, et que vous pourriez sûrement m’aider moi aussi. Vous êtes un genre de psy, c’est ça ? »

 

Il sourit encore. Pas plus, pas moins, juste ce même sourire impassible, qui semble tout prendre à la légère, qui semble dire « rien n’est grave ». Il désigne un objet qui trône au milieu du bureau de verre. C’est une sorte de boule à neige, comme on en trouve dans toutes les boutiques pour touristes, dans toutes les villes du monde. Mais celle-ci est vide, et de taille inhabituelle. En fait, on dirait une boule de cristal, comme dans les bandes-dessinées de son enfance, quand les héros allaient voir une voyante qui leur prédirait leur avenir. Elle fixe l’objet quelques instants. Puis relève la tête d’un air interrogateur.

 

« Regardez mieux… »

 

Se penchant légèrement en avant, elle plonge son regard dans les profondeurs de l’objet. C’est étrange, il avait l’air transparent, tout à l’heure, comme du verre. Là, il reflète une teinte indéfinissable, une sorte de jaune, de blanc, de vert, de brun… Son regard reste accroché, comme hypnotisé. Les reflets s’accentuent, comme un tourbillon de couleurs qui envahissent peu à peu son champ de vision. Une odeur de chèvrefeuille mêlée à celle d’une eau très calcaire envahit la pièce, le chant d’un oiseau et celui d’une voix d’homme se met à résonner au loin. Elle ne sait plus vraiment où elle est, des milliers de sensations s’entremêlent dans son esprit, son corps perd peu à peu la notion de l’espace. Ce n’est pas un trou noir, mais plutôt une overdose de sensations. Elle ouvre la bouche, tente d’articuler un son de surprise, mais rien ne se passe : elle est comme paralysée, figée, pendant un temps indéterminé. 

 

(à suivre)

 

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commentaires

yopman 20/03/2013 00:34


Si en plus il y a des photos de sidi bou...le flashback sera la pour tous.


Je confirme très bien ècrit aérien.....j'adore


Tu dois tenir de quelqu'un :)


Bon l'overblog pour smart..moyen pratique!!

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