2011-10-20T10:24:00+02:00

J'ai testé pour vous... être dépressive

Publié par Fraise

Le journal en ligne madmoizelle.com a une rubrique de témoignages qui s'appelle "J'ai testé pour vous". Hier, j'ai décidé d'envoyer mon témoignage sur la dépression. Je me suis dit que certaines s'y reconnaîtraient peut-être et se sentiraient moins seules, que d'autres comprendraient peut-être mieux des gens de leur entourage souffrant de dépression... Bref, voilà, un texte assez long qui reprend chronologiquement mon vécu avec cette saleté de maladie mentale.

 

(Sinon, pour une actu toute fraîche : j'avais tenté, en dernier recours, d'envoyer une lettre à la maire de Montauban pour peut-être avoir gain de cause et récupérer ma prime de précarité, dûe en fin de CDD. J'ai reçu hier un recommandé de leur part me disant que je les collectivités locales ne la payaient pas, et qu'ils me sucraient l'ARE (Allocation de Retour à l'Emploi) parce que j'avais refusé le renouvellement. Quand on sait que je l'ai refusé à cause du harcèlement moral de mon directeur... Merci pour tout, Montauban.)

 

1 presentation

On lit pas trop... ça dit : "Salut, tu me suis depuis un petit moment... Mais t'es qui ?" - "Je suis juste ta dépression... et je sens qu'on va bien s'entendre tous les deux !"

 

Les prémices : crise d’ado

Comme à peu près tout le monde, en 4ème, j’étais mal. Mal dans ma peau, mal dans ma vie. Je passais mes weekends et mes soirées à lire, les pieds sur le radiateur, face à la fenêtre, emmitouflée dans ma couette comme dans un cocon. Souvent, je restais là, sans rien faire, le livre dans les mains pour donner l’illusion à mes parents que j’étais occupée. Mais ce que je regardais, c’était le ciel, gris, dans mes souvenirs, ou noir, pendant la nuit. Je regardais le ciel, et je voulais disparaitre.

 

Je ne dis pas que je voulais mourir, bien que l’idée m’ait traversé l’esprit, mais que je n’aie jamais été jusqu’à la mettre en œuvre. Non, je voulais juste… cesser d’exister. Et je me laissais couler peu à peu, au chaud dans mon cocon, recroquevillée aussi à l’intérieur. Au moindre contact humain, avec mes parents ou mes camarades de classe, l’émotion me submergeait : envie de pleurer (depuis j’ai, dans ma famille, la réputation d’être « hyper-sensible »), de m’enfuir, et surtout, surtout cette peur terrible, cette angoisse irraisonnée.  

 

Ca a duré environ 2 ans. Mon entourage a mis ça sur le compte de la crise d’ado. En vérité, je me rends compte aujourd’hui que j’avais tous les symptômes de la dépression : fatigue et sentiment permanent de n’avoir aucune énergie ni aucune force pour quoi que ce soit, tristesse immense, envahissante, alternance entre périodes d’insomnies et périodes d’excès de sommeil, dévalorisation constante (« je ne sers à rien, je suis nulle, personne ne m’aime »), culpabilité à propos de ces émotions (« c’est vrai, moi j’ai de quoi manger et un endroit où vivre, c’est le syndrome de la pauvre petite fille riche, je n’ai pas le droit de me sentir aussi mal sans raison »), crises d’angoisse, peurs permanentes pour tout, confusion intellectuelle (l’impression que mon cerveau avance dans des sables mouvants), engourdissement et torpeur intellectuelle, la moindre contrariété se transforme en problème énorme et insoluble.

 

Bien évidemment, à l’époque, je n’en ai parlé à personne. Principalement à cause de ce sentiment de culpabilité. Ma mère fait partie de ces personnes qui ne se plaignent jamais, ne vont jamais chez le médecin, ne s’écoutent pas. Quand j’étais malade, elle me disait « arrête ton cinéma ». Comment pouvais-je aller lui dire mon mal-être ? Elle ne m’aurait pas écouté, ou se serait moquée de moi. Alors j’ai vécu, ou survécu, comme je pouvais, et finalement, à mon entrée au lycée, j’avais retrouvé le goût de vivre.

 

cercle-vicieux.jpg

Première dépression : pas de médicaments

 

En deuxième année de master, je vivais en colocation avec mon frère. La cohabitation était difficile, surtout depuis qu’il avait décidé d’installer sa petite amie à l’appart sans me demander mon avis (notons qu’il devait passer dans ma chambre pour aller dans la sienne : espace vital de rêve). Le stress des études, le fait de cumuler master, petit boulot et recherche de stage, le fait aussi que mon copain de l’époque habite à l’autre bout de la France… Petit à petit, je me suis laissé couler, et ma bonne vieille meilleure ennemie, la dépression, est revenue me hanter.

 

Comme je m’en aperçois maintenant, c’est l’hiver qui en est le premier déclencheur. Comme tout le monde, je suis sensible à la baisse de lumière, à ces jours qui raccourcissent, à ce froid et à ce ciel gris et maussade (« Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle », c’est pas moi qui l’ait inventé). Mais peu à peu, la déprime hivernale habituelle s’est changée en dépression. Je dormais en cours. Je pleurais en moyenne 5 fois par jour. Je me souviens du Réveillon de Noel de cette année-là. J’ai pris le train pour rentrer chez mes parents, et je pleurais dans le train, tout le long du trajet, alors que les fêtes de Noël avaient toujours été un plaisir pour moi.

 

En février, c’est à ma gynéco, au planning familial (une femme exceptionnelle, à l’écoute, je la remercie encore du fond du cœur aujourd’hui) que j’en ai parlé, en pleurant à chaudes larmes, moi qui n’était venue que pour un renouvellement d’ordonnance contraceptive. Elle m’a dirigée vers l’assistante sociale, avec qui j’ai eu quelques rendez-vous. Le médecin que j’ai vu ensuite m’a proposé des médicaments. Mais les antidépresseurs me faisaient (et me font toujours) très peur : produits puissants, peur de devenir dépendante, sentiment d’échec (un médicament pour quelque chose qui n’existait que dans ma tête, ça me paraissait idiot).

 

Finalement, après un déménagement, j’ai retrouvé peu à peu un équilibre, sans médicaments. Mais voilà : saviez-vous que lorsqu’on a fait une dépression, on est beaucoup plus vulnérable à une autre ? En gros, la dépression est une maladie chronique…

 

depression-spirale-echec-Sebastien-Kuntz-FOTOLIA

 

Deuxième dépression : antidépresseurs

 

En décembre 2010, je travaillais pour un directeur à la limite du harcèlement moral. Ma famille à l’autre bout de la France me manquait. Et c’est là que mon copain de l’époque, pour qui j’avais déménagé loin de ma famille pour trouver du boulot plus près de lui, a décidé de me tromper avec son ex pour qui, je m’en suis rendue compte plus tard, il avait toujours eu des sentiments depuis leur séparation. Trahison, mensonge. Tout s’écroulait autour de moi.

 

Je ne vous fais pas un dessin : la dépression est revenue. J’ai démissionné. Je suis retournée vivre chez mes parents. Mais la cohabitation était houleuse (je ne me suis jamais aussi bien entendue avec eux que lorsque j’étais à l’autre bout de la France) et la dépression s’était cette fois bien installée. Je n’arrivais à faire aucune démarche, ni à chercher du travail. Ma mère ne comprenait pas mon attitude, elle me trouvait paresseuse, pensait que je « me la coulait douce » depuis que j’étais revenue à la maison. Bien sûr, elle était inquiète pour moi et essayait de me secouer. Mais elle m’enfonçait chaque fois un peu plus sans le vouloir. Je n’avais pas besoin d’être secouée. J’avais besoin d’être soutenue.

 

J’ai fini par aller voir notre médecin de famille, qui m’a convaincue de prendre des antidépresseurs. Je ne vous dirais pas que ça a été magique. Il faut quelques semaines pour que l’effet des médicaments fonctionne. Mais finalement, ça m’a aidée à en sortir, à trouver un travail, un appart, un nouveau petit ami. J’ai respecté les modalités d’arrêt progressif, et tout s’est bien passé.

 

Je ne fais pas pour autant l’apologie des antidépresseurs. Ils m’ont toujours fait peur, et prendre des médicaments est, encore aujourd’hui, pour moi, un signe de faiblesse, d’échec.C'est une drogue, et j'ai toujours mis un point d'honneur à ne pas me droguer...

 

depression.jpg

Et maintenant ?

 

Ce qui m’a poussée à écrire ce témoignage, c’est ma visite chez le médecin hier soir. Elle est revenue. Et de nouveau, on m’a prescrit des médicaments. Moins forts, certes, mais des médicaments tout de même. Parce que je n’arrivais plus à assurer au travail, parce que j’étais triste en permanence.

 

J’ai voulu prendre les devants, reconnaissant l’haleine fétide de cette pouffiasse brumeuse. Mon médecin ne m’a proposé que des médicaments, alors que je recherchais plutôt une aide psychologique, un accompagnement, un coaching pour en sortir définitivement.

 

En sortir définitivement ? Je ne sais même pas si c’est possible.

Et maintenant j’ai peur. Peur de mon avenir. Peur de fonder une famille, et d’imposer ça à mes futurs enfants, à mon futur mari.

Je le vis comme une fatalité.

Peut-être que j’ai tort.

 

Dites-moi que j’ai tort…

Voir les commentaires

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

commentaires

Leen 08/11/2011 20:20



Faire semblant, c'est dur, mais c'est pas inutile, ça enlève au moins une chose : la culpabilité. Parce qu'au moins, tu "n'infliges" plus aux autres ce que tu ressens, ce que tu vis. Je parle en
connaissance de cause, tu le sais très bien.


 


Ma petite potion secrète à moi, elle est complexe, mais elle marche bien :


- s'accorder au moins 1 petit extra par jour ou tous les deux jours, ou par semaine, selon ton état. Un extra, ça peut même juste être le fait de te dire (et de le faire) "je m'en fous de
l'heure, ce soir, je vais me promener un petit moment au parc Jouvet pour profiter et me détendre un peu", ou "ce soir je me fais un bain de pieds au sel en regardant un film cucul"


- faire semblant le reste du temps, que ça va. Parce que même faire semblant, ça aide un peu, quand même. T'envoies des messages de bonheur à ton cerveau mais aussi autour de toi (même s'ils sont
faux, ils donnent l'air vrais). Et tu pourras parfois y croire. Et c'est grâce à ça que le mec mignon au fond du bus te fera un petit sourire, aussi (tu sais, le sourire qui te donne un coup de
boost, comme dans un de ces bouquins dans tes toilettes, donc je sais plus le nom... Margaux Motin ou Penelope, je sais plus).


- quand t'as vraiment l'impression que ça fait trop, tu balances tout quelque part, à quelqu'un. Même si ça n'a ni queue ni tête ce que tu racontes, c'est pas grave, l'important c'est de
décharger. (tu peux aussi noter des trucs qui te viennent comme ça et dont tu veux parler à ton psy)


- ne pas hésiter à faire du lèche-vitrine, surtout à cette époque ! Les rues commerciales sont magiques (et même si t'as pas de thunes pour acheter des cadeaux, c'est pas grave, tu regardes et tu
prends les bons de réduction qu'ils filent), et ça sent Noël vraiment partout (et ça, ça fait du bien)


 


 


Je t'envoie malgré tout quelques bonnes ondes que j'arrive à produire avec ça (mais pas trop, j'en ai besoin moi aussi). Je t'aime, t'as pas intérêt à l'oublier (après tout, t'es ma soeur
préférée, haha)



Larme 21/10/2011 10:42



Elle est toujours là, quoi qu'on fasse, prête à te bondir dessus. Si tu t'es ouverte à elle une fois, elle te suivra tout le temps. Moi, j'essaye d'appliquer le précepte que m'ont appris deux
personnes chères.


Premier précepte : fais semblant. Même si ça va mal, persuade-toi du contraire, souris aux autres, les autres te sourieront . Il faut s'auto-convaincre que tout va bien. C'est loin d'être simple
mais avec beaucoup d'efforts, on y arrive.


Deuxième précepte : sois optimiste. Oui, tout va mal. Mais en s'apitoyant sur soi-même, rien ne bouge. Je ne dis pas que ton mal-être n'existe pas ou qu'il est juste dans ta tête. Je dis juste
que passer son temps à ruminer ses problèmes ne les règle pas. Je sais que tu es forte, bats-toi ! Si tout ne se passe pas comme tu l'aurais souhaité, fais avec ce qu'on t'offre et modifie ce qui
ne te plait pas.



Fraise 24/10/2011 10:41



Faire semblant, c'est la spécialité de ma petite soeur... Et ça n'a pas marché. Ca ne marche toujours pas, et ça ne marche pas pour moi non plus. J'ai davantage besoin d'en parler avec des gens
qui vont m'écouter puis m'aider à relativiser ou à trouver des solutions que de faire semblant.


 


L'optimisme, je le pratique, comme tu le sais, même au plus profond de la dépresion, j'arrive quand même à FAIRE des choses. J'ai réussi à trouver du travail, même avant les antidépresseurs.


 


Mais voilà, malgré ça, vivre avec cette épée de Damoclès au-dessus de la tête... Je ne veux pas m'y résoudre.



Girl Gift Template by Ipietoon - Hébergé par Overblog