2012-10-08T16:44:00+02:00

Albin

Publié par Fraise


Il avait 2 ans et demi quand je l'ai vu pour la première fois. A l'époque, je travaillais pour une agence de communication, et chaque matin, je lisais La Dépêche du Midi pour repérer si on parlait de nos clients. J'étais tombée sur cet article, expliquant que ses parents cherchaient des bénévoles pour venir jouer avec lui, une ou deux heures par semaine. Comme toujours quand quelque chose me tient à coeur, j'avais mis 3 jours pour contacter la maman... 

 

On s'était mises d'accord : je viendrais le voir chaque mercredi soir, de 19h à 20h, après mon travail. La première fois, je ne savais pas trop à quoi m'attendre. C'était la fin de l'automne, et il faisait nuit quand je suis arrivée chez eux. Sa maman m'a accueillie et montré la salle de jeu, une pièce uniquement destinée à stimuler et éveiller le petit garçon. Et quand je l'ai vu, ce petit... Mon coeur a fondu de compassion. 

 

Il était tout petit, minuscule, plus petit que n'importe quel autre enfant de 2 ans. Il avait l'air si fragile, si menu, on avait l'impression qu'on pourrait lui casser un bras si on ne faisait pas attention. Il n'arrivait pas à s'alimenter normalement, alors il avait une poche, directement reliée à son estomac, qui servait à le nourrir (je ne me souviens plus du nom de ce truc...). Il avait de grands yeux bruns, fuyants, des cheveux châtains, souvent moites, et cette odeur particulière, d'hôpital ou de crèmes spéciales. Il ne se cachait pas particulièrement, et j'ai été étonnée qu'il ne s'enfuie pas en me voyant, moi, l'inconnue qui venait chez lui. Evidemment, il avait ces mouvements brusques et répétés, typiques. 

 

Ses parents nous ont laissé dans la salle de jeux. J'ai commencé par faire le tour, en lui montrant tous les jouets qu'il y avait. J'ai voulu essayer la pâte à modeler, sans grand succès : lui, ce qui l'intéressait, c'était le son que faisaient les boîtes quand on les tapait sur la table. Je me suis vite rendu compte qu'il était très sensible aux sons. Alors, j'ai pris la flûte à bec, puis la guitare. Sans savoir en jouer ! Mais le son de mes doigts sur les cordes a suffit à capter son attention. Il a voulu essayer, en riant. C'était la première fois que je voyais son rire, unique, un rire pour lui-même, mais si entier, si pleinement présent, qu'il ne pouvait que vous attendrir. 

 

C'était un petit garçon très doux, et vraiment gentil. La fois suivante, il s'est assis sur mes genoux pendant une minute, juste une minute, ce qui est très long pour lui, et nous avons feuilleté le journal, et des magazines. Pour le son du papier froissé, qui l'enchantait. Une autre fois, on a joué au loto des odeurs, mais ça ne le passionnait pas. Lui, ce qu'il voulait, c'était faire du bruit. Alors j'ai joué du xylophone. 

 

Et puis, il y a eu ce soir là. On grattouillait la guitare, comme souvent, quand il a levé la tête vers moi, et son regard s'est accroché au mien, pour la première fois. Mon esprit s'est arrêté. C'était si fort, ces grands yeux noirs plongés dans les miens. Il me regardait réellement. Je ne sais pas combien de temps ça a duré, 2 secondes, une minute ou une éternité. Et il est revenu à sa guitare, me laissant complètement abasourdie et amoureuse de ce petit bonhomme. 

 

Ca n'a duré que quelques mois. En janvier 2010, j'ai dû arrêter, pour consacrer mes réserves d'énergie à quelqu'un d'autre. Pendant longtemps, j'ai gardé dans mon téléphone portable une photo de lui. Une photo sur laquelle il souriait, en me regardant. Un exploit. Je crois que j'avais dû agiter une clochette à côté du téléphone pour y arriver. Et ce petit visage confiant, ce sourire et ces grands yeux noirs suffisaient à me rappeler une des émotions les plus fortes de ma vie, à me donner les larmes aux yeux de bonheur. 

 

Ce soir, j'ai envoyé un mail à sa maman. Ça fait 2 ans et demi, et même si je pense à lui très souvent, je n'ai jamais demandé de ses nouvelles (comme je le disais, si ça me tient à coeur, en général, je procrastine... Faudra que j'analyse ça un de ces jours). J'aimerai tellement qu'il en soit sorti, qu'il ait pu aller à l'école, que la tristesse et le courage dans les yeux de sa maman se soient transformés en joie et en fierté. J'aimerai qu'il puisse maintenant manger à la cantine, jouer dans la cour de récré, prendre son goûter, comme tous les enfants de son âge. 

 

On dit que les enfants autistes deviennent de grands artistes. J'aime me dire que peut-être, dans quelques dizaines d'année, il y aura un musicien de talent qui s'appellera Albin. 

 

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Photo La Dépêche du Midi, qui ne lui fait pas honneur...

PS : Pour en savoir plus sur l'AEVE l'association qui a aidé les parents d'Albin, et sur la méthode des 3i, cliquez ici

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