2014-10-30T13:35:42+01:00

Une journée

Publié par Fraise

Ta journée, elle a commencé à 1h du matin, quand ton bébé, que tu croyais bien endormi, a réclamé le sein à peine 1h après l'avoir lâché. T'as pris ton bébé, tu l'as nourri, il s'est endormi dans tes bras. T'as tenté de le coucher dans son lit, un échec : le voilà bien éveillé, avec ses grands yeux bleus qui te regardent bien en face, qui te rappellent la toute première fois que tu les as vus, sur ton ventre, dans cette salle éclairée bizarrement, avec tous ces gens autour dont t'avais rien à faire.

Alors, tu changes ton bébé, plus pour l'occuper et couper la dynamique du non-sommeil que par réel besoin. T'as essayé de le rendormir dans son lit, mais ton bébé, ce qu'il veut, c'est tes bras, ta chaleur, et ton sein tout doux et nourrissant. Alors t'as repris ton bébé dans ton lit, et tu l'as nourri à nouveau, même s'il s'est vite endormi : juste un casse-croûte. T'as somnolé un peu en position assise, et puis t'as eu mal au dos, alors t'as voulu reposer ton bébé dans son lit.

Mais ton bébé est équipé de détecteurs d'absence de maman : 5 minutes plus tard, t'avais à peine eu le temps de faire un aller-retour aux toilettes qu'il est réveillé. Il est 4h30 du matin, et t'as pas encore dormi. Alors tu pleures, de fatigue seulement, parce que tu l'aimes à la folie, ton bébé, et toi aussi tu aimes qu'il soit dans tes bras. T'aimerais juste pouvoir revenir à ces premiers temps à la maison, où vous dormiez dans le même lit, allongées l'une contre l'autre, où t'avais juste à dégrafer ton soutif pour la nourrir, et vous vous rendormiez toutes les deux paisiblement.

Seulement, maintenant, ton bébé, il a du feu dans la gorge quand tu l'allonges, alors faut qu'il tète à la verticale et qu'il dorme incliné. Tant pis pour ton sommeil paisible et ton cododo : ton bébé tètera à la verticale (tant pis pour ton dos) et dormira dans son lit incliné (tant pis pour les câlins).

Retour dans le lit. Le papa est réveillé, il s'inquiète un peu de te voir pleurer, mais tu veux pas trop le réveiller, il travaille demain. Ton bébé tète, et s'endort à nouveau au bout d'une petite heure. Là, t'es face à un dilemme : est-ce que tu le gardes sur toi, histoire de grappiller un peu de sommeil, même s'il est de mauvaise qualité, avec un bébé bruyant sur ton ventre et une position tout sauf confortable, ou est-ce que tu persévères à le recoucher ? Tu décides de le recoucher. 

Comme à chaque fois, t'y vas par étapes. Tu détaches un peu son ventre du tien, pour pas que ça lui fasse un courant d'air froid d'un coup sur son bidou. Tu l'allonges légèrement plus sur le dos, avec la tête contre ton avant-bras gauche, en soutenant ses fesses avec ton autre bras. Ton bébé grogne un peu. Ça lui plaît pas trop que tu la bouges, mais elle se réveille pas : elle a encore le nez tout contre ton sein, elle sent ton odeur, et doit se dire que c'est bon, qu'elle est bien accroché, que tu pourras pas la détacher. Ensuite, tu t'assois sur le bord du lit, les pieds posés par terre. T'as froid aux jambes, aux pieds, au dos, au ventre, mais faut pas réveiller ton bébé, alors tu le berces pendant quelques minutes. Puis tu te lèves : c'est le passage "muscu" car faut te relever sans te pencher vers l'avant, et sans t'aider de tes mains. Pas toujours évident, surtout que t'as encore le dos ankylosé. Tu continues de bercer ton bébé, et tu te penches tout doucement vers son lit. T'accompagnes sa descente avec ton buste, pour que sa tête quitte ton sein le plus tard possible. Si tu pouvais, tu t'allongerais à côté de son corps pour pas qu'elle sente que tu la détaches de toi. Tu te relèves, tu lui caresses la tête, elle gigote et grogne, se racle la gorge, toussote, lance ses mains dans tous les sens. Là, t'y crois encore. Tu te dis que si tu caresses bien son front, elle va replonger dans le sommeil. Mais, à la lueur de la veilleuse, tu vois ses petits-grands yeux s'ouvrir et te regarder bien en face comme pour te reprocher de l'avoir déposée. 

Il est presque 6h du matin, et t'as toujours pas dormi. Donc tu craques. Tu te mets à sangloter, fort, fort, comme pour appeler le papa à l'aide, lui qui dort, et que tu voulais pas réveiller parce que le sommeil du travailleur, c'est sacré. Tu prends ton bébé qui s'est mis à chouiner, et tu lui fais un gros câlin, en lui expliquant que tu pleures pas à cause d'elle, que t'es juste fatiguée, et que ça te fait pleurer d'être fatiguée. Tu te dis qu'elle va comprendre, puisqu'elle fait la même chose. Tu la changes, en sanglotant. Tu la ramènes dans le lit, mais tu la remets pas au sein, elle vient de finir de téter et toi tu veux juste t'allonger. Alors tu la donnes au papa, qui va tenter de l'endormir dans son lit, à coups de doigt-tétine et de caresses, pendant que t'essaies de dormir. Sauf que tant qu'elle dort pas, t'arrives pas à dormir non plus, tu stresses, tu veux lui donner des conseils dont il a pas besoin. 

Finalement, tu réussis à dormir, un peu, puisqu'elle se réveille à 7h30 pour réclamer à manger. Mais là, t'es en forme : hey, t'as dormi presque 1h d'affilée ! Tu nourris ton bébé, tu lui dis que tu l'aimes fort fort, qu'aujourd'hui c'est ton anniversaire, et que tu veux pas d'autre cadeau qu'elle, parce qu'elle est magnifique, et parfaite. Tu la couvres de bisous, tu la regardes téter, avec ses grands yeux ouverts vers toi, et qui se ferment peu à peu. Moment béni : elle s'endort, alors tu la cales bien sur ton ventre, tu te couvres les épaules avec la couette, en faisant attention de ne pas recouvrir sa tête, et tu t'autorises à dormir un peu avec elle. Tu réitéreras l'opération après la tétée suivante. 

A 11h30, après la tétée, tu décides de vous lever. Faut dire que ton estomac crie famine depuis le milieu de la nuit. Alors tu changes ton bébé, qui te fait des sourires, comme pour te faire oublier toute ta fatigue. Tu l'installes au salon, sur son coussin, et tu commences à déjeuner. Mais elle, ce qu'elle veut, c'est être tout contre toi, et elle te le fait savoir à grands cris. Alors tu l"installes en écharpe, et t'essaies tant bien que mal de continuer ton petit-déjeuner, en mettant des miettes partout. Elle finit par s'endormir, pas longtemps, puisque 30 minutes plus tard, elle est déjà réveillée, elle veut manger. Elle hurle à la mort quand tu l'enlèves de l'écharpe, elle voudrait en même temps dormir collée contre toi, et téter. C'est pas logique, un bébé.

Après cette tétée, par contre, pas question de dormir au sein, même si tu sais, et qu'elle sait qu'elle est fatiguée. Alors elle pleure. Elle pleure, et elle se cambre, et elle te crie dans les oreilles. Mais tu restes calme : c'est normal, c'est sa seule façon de s'exprimer. Alors tu la remets en écharpe, et tu sautilles en chantant à tue-tête "Chandelier" de Sia. Au bout de la 4ème fois, elle finit par s'endormir. 

Que faire, pour exploiter au maximum ce temps de sommeil ? T'as toujous pas rangé la table du petit déjeuner, mais elle est sur la table basse, et te baisser avec ton bébé dans l'écharpe, c'est pas évident. Lancer une lessive ? Même problématique : faut te baisser, et risquer de la réveiller. Faire des faire-parts ? Avec sa petite tête sous ton menton, t'as bien du mal à écrire, coller, bidouiller. Alors tu restes sur ton ordi. Tu lis les messages de "Bon anniversaire" qu'on t'envoie sur Facebook, t'essaies de répondre à tous. Tu commandes des tirages de photos. Et tu décides d'écrire sur ce blog. Histoire de te souvenir de cette journée. 

Cette journée qui a commencé à 1h du matin, et qui est loin d'être terminée. Cette journée qu'auparavant tu aurais qualifiée de "pourrie", de "sale journée", voire de "journée de merde", mais que tu chéris, parce qu'aujourd'hui, elle t'a souri 3 fois, a fait 5 "Ga" et 2 "Aheu", parce qu'elle se blottit contre toi comme si t'étais son armure et qu'il pouvait rien lui arriver une fois qu'elle est dans tes bras. Parce que c'est ça, être maman à la maison. 

C'est vivre au rythme de ce petit être humain qui apprend le monde à l'extérieur de ton ventre, alors que c'était plus simple à l'intérieur. C'est câliner, donner, supporter, pleurer (de joie, de fatigue ou d'émotion non définie).

C'est aimer. 

 

"L'amour est patient, il est plein de bonté, l'amour n'est pas envieux. L'amour ne se vante pas, il ne s'enfle pas d'orgueil, il ne fait rien de malhonnête, il ne cherche pas son intérêt, il ne s'irrite pas, il ne soupçonne pas le mal. Il ne se réjouit pas de l'injustice, mais il se réjouit de la vérité. Il pardonne tout, il croit tout, il espère tout, il supporte tout. L'amour ne meurt jamais." (Corinthiens, 13.4)

 

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