2013-12-12T20:17:10+01:00

Se réconcilier

Publié par Fraise

 

Mon corps.

Ce vilain corps, lourd, encombrant, qui tire, qui grince, qui serre qui pique, qui mord. Ce corps que je déteste parce que c’est ce qu’on m’a appris à faire. Ce corps qui a été beau, à l’époque où je ne m’en rendais pas compte.

 

Ce corps avec qui j’essaie de me réconcilier.

 

 

  Comme tous les corps, il a son lot de cicatrices. Un ongle de pied coupé en deux. Une trace blanche sur le genou. Des tâches brunes sur les bras. Une longue fente sur l’arcade sourcilière. Et puis, il y a les cicatrices qui ne se voient pas. Les cervicales qui souffriront toute leur vie, les lombaires qui grincent, la sciatique qui menace, souvenirs d’un accident de voiture. Les hanches qui lancent leur petit cri, par moments. L’utérus qui pleure.

 

Longtemps, il a pleuré d’être vide. Il a réclamé, à corps et à cri, un petit être à chérir, un habitant pour la douillette chambre qu’il avait fabriquée. Longtemps, je n’ai pas pu répondre à son cri.

 

Cet été, j’ai aimé ce corps. Pendant 2 mois, je l’ai regardé changer de l’intérieur, même si rien n’était perceptible. J’ai commencé à le voir comme le merveilleux réceptacle d’une vie toute neuve, toute propre, toute belle. J’ai aimé mes seins, si lourds d’habitude, qui s’arrondissaient joliment, même si mes soutiens-gorge ne voyaient pas la différence. J’ai aimé mon ventre, si plein de couches protectrices, qui devait veiller sur ce petit bout de nous. J’ai aimé ma peau qui se constellait de boutons, signes de changement hormonal. J’ai aimé mes cernes, discrets révélateurs de mes nuits agitées. J’ai aimé ma pâleur, mon sang tout entier attiré vers ce ventre nourricier. J’ai aimé les petites cicatrices laissées sur la seule veine propice aux prises de sang, au creux de mon coude.

 

Nous avons commencé à nous réconcilier.

 

Et puis, il m’a trahie. De la pire façon qui soit. Peut-être a-t-il voulu se venger de ces années de haine, de colère, de ressentiment. Peut-être s’est-il senti pris de court. Peut-être que ça allait trop vite pour lui, lui qui est si lent à se mouvoir. Et pendant 2 autres mois, il a souffert. Mes seins ont chuté. Mon ventre a hurlé, s’est tordu en tous sens. Mes cernes ne révélaient plus que les nuits passées à pleurer. Ma pâleur n’était plus qu’un symbole de mort. Le sang nourricier s’est écoulé, sans discontinuer. Et ma vie, ma joie, mon bonheur avec lui.

 

Mon corps qui avait réclamé une vie à aimer a tué mon bébé. Aujourd’hui, ce ventre ne peut plus que simuler, quand je le gonfle d’air. Je le regarde, je l’observe, j’essaie de l’écouter. Mais il ne fait qu’hurler sa vacuité. Il ne fait que me rappeler ma douleur, ma souffrance. Notre douleur, notre souffrance. Je ne suis pas encore capable de lui pardonner. Et pourtant, il faudra bien. Il faudra bien ajouter cette cicatrice à celles que je dénombre. Il faudra bien surmonter, faire avec, oublier.

 

Il faudra bien nous réconcilier.

 

 

Cet article a été rédigé pour apporter ma contribution au blog participatif Le corps des femmes

 

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