2013-11-24T14:58:23+01:00

Courir avec les loups

Publié par Fraise

Je lis, en ce moment, sur les conseils de mon psy, un bouquin intitulé "Femmes qui courent avec les loups, archétype de la femme sauvage" écrit par Clarissa Pinkola Estés. Malgré les nombreux défauts que je lui trouve, la psychanalyste qui l'écrit a le mérite de poser quelques principes de base du fonctionnement de la psyché qui me parlent. Parmi eux, le fait de créer (au sens large) pour traverser les épreuves. Elle explique que notre psyché a besoin de créer quelque chose, de transformer le négatif en quelque chose de constructif, d'utile, pour traverser les deuils (terme qu'on peut prendre au sens étymologique de "douleur").

Je pense que c'est ce qui m'a poussée à écrire deux témoignages sur le webzine formidable qu'est MadmoiZelle. Le premier, c'était en août 2011, dans la série "J'ai testé pour vous". Il s'appelait "J'ai testé pour vous être dépressive". Il y a deux semaines, j'ai envoyé une nouvelle contribution qui est parue vendredi : "J'ai fait une fausse couche" (clic clic pour lire)

L'écriture de ces témoignages répondait à plusieurs besoins, et à plusieurs buts :

- La catharsis. Ecrire pour faire sortir de moi ces mauvaises expériences. C'est aussi ce que je fais sur ce blog, depuis plusieurs années. Je l'appelle parfois "mon défouloir". Il me sert aussi de témoin : voilà ce que j'étais à un moment T. Voilà ce que je ne suis plus. Voilà où j'en suis aujourd'hui. Ecrire pour avancer.

- Prendre la parole. Parce que ces deux expériences, la dépression et la fausse couche, sont encore très taboues. On n'en parle pas, on demande à ceux qui en souffrent de se taire, on remet leur souffrance en question ("oh ça va, tout le monde a un petit coup de mou de temps en temps, si on faisait comme toi, on serait tous dépressifs !" - "ça va, c'était même pas encore un vrai bébé..."). Or, se taire entretient la honte et la culpabilité, deux sentiments qui nous rongent, et nous détruisent plus sûrement que l'expérience elle-même.

- Libérer la parole. Parce qu'un tabou est apposé à ces expériences, les personnes qui les traversent n'osent pas en parler, et on entretient ainsi le tabou. Ainsi, si je parle, si je raconte ma propre expérience, j'autorise d'autres personnes à en parler. Je brise le tabou, j'en fais un cercle de solidarité et d'empathie. Au passage, je permets aussi aux personnes qui entourent celles qui souffrent de trouver comment faire pour les aider (j'y reviendrai).

- Me libérer moi-même. Jusqu'ici, je n'en ai parlé qu'à un nombre restreint de personnes.Pourquoi ? Parce que j'avais peur d'être blessée. Par les paroles rationnelles, visant à relativiser, qui en fait reviennent à nier la souffrance qui elle, n'est pas rationnelle. Mais 3 mois après avoir perdu ce bébé, je me sens plus forte, et capable d'avoir une discussion rationnelle. C'est pourquoi je mets les personnes de mon entourage plus éloigné au courant (et même des inconnus, les lecteurs de madmoizelle ^^)

J'en viens donc au message que je veux faire passer aux personnes qui sont proches de quelqu'un qui traverse une épreuve pareille, qu'elle soit un deuil, une période difficile une période de déprime ou de dépression...

- N'essayez pas de positiver. Positiver revient à nier la souffrance, à la faire taire : "arrête de pleurer et tire du positif de ton expérience" (dans mon cas : "vous en ferez un autre"). La personne qui souffre le fera. Au final, elle en tirera du positif. Mais pas tout de suite. Laissez-lui le temps de pleurer, de dire sa douleur, sa peine, sa tristesse, sa colère et toutes les émotions qu'elle ressent, qui peuvent parfois dépasser sa pensée, mais qui doivent sortir. On ne peut pas attendre d'une plaie qu'elle cicatrise s'il reste encore des petits cailloux à l'intérieur. 

- Si vous ne savez pas quoi dire, écoutez. Une oreille prête à entendre ce que la personne a à dire vaut mieux que toutes les paroles réconfortantes du monde. La phrase magique : "Tu veux en parler ?" permet à la personne d'avoir le contrôle : vous ne la forcez pas à vous parler (elle ne le fera que si elle le veut), mais vous lui montrez que si elle le souhaite, vous êtes prêt à recevoir ses paroles. Ainsi, vous évitez le fameux "je ne veux pas être indiscret donc je ne dis rien" : si vous l'êtes la personne ne vous parlera pas, voilà tout.

Et quand je dis "écoutez", ça ne veut pas dire "écoutez pour savoir quoi dire". Ça veut dire "écoutez". Quand il y a une pause, un silence, ne vous sentez pas obligé de commenter ce qui vient d'être dit. Relancez plutôt la conversation avec une question, du type "qu'est-ce que ça te fait ? Physiquement, cette souffrance te fait mal où ? Tu es plus triste ou plus en colère ?". Si vous commentez, commentez en rassurant la personne : "C'est normal que tu ressentes ça".  et pas "allez, c'est bon, maintenant tu vas aller mieux" : ça revient à positiver. 

Deux conseils simples, pour une attitude elle aussi très simple, mais qui aidera vraiment une personne qui souffre. Cependant, n'essayez d'aider cette personne que si vous vous en sentez capable. Si vous-même, vous souffrez, vous êtes en état de faiblesse, vous ne pourrez pas aider cette personne, et vous risquez même de lui transmettre vos propres angoisses, ou d'ajouter sa souffrance à la vôtre. Quand la personne ira mieux, elle pourra comprendre que vous ne l'avez pas abandonnée, mais simplement que vous-même n'étiez pas en état de l'aider. Là encore : PARLEZ-EN. Ne laissez pas les non-dits ronger vos relations. 

 

Je me la joue un peu Yoda là, non ? Et pourtant, quand je vois les différentes attitudes des gens autour de moi quand j'étais mal, quand je me souviens de  la solitude que j'ai éprouvée, je me dis que de tels conseils peuvent vraiment être utiles. 

Quant à moi, j'oscille encore entre deuil et espoir, entre passé et avenir. Mais je suis sur la bonne route. Je dis ce que j'ai à dire. Je suis ce que je suis, emplie de douleurs et de joies, de cicatrices et de plaies. Et je marche versmoi-même, vers un avenir qui ne sera ni lumineux, ni obscur, mais fait d'ombres projetées par un saule au soleil de midi. 

 

"Il suffit de savoir que toute fin s'accompagne d'un autre commencement" 

Clarissa Pinkola Estés 

 

Voir les commentaires

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

commentaires

Girl Gift Template by Ipietoon - Hébergé par Overblog